Nous sommes dans une purée de pois. Les îles du Ponant à la pointe de Bretagne sont prises par la brume. Nous avançons sur une mer plate et mate qui disparaît à 10 mètres du bateau dans un fond cyclo lumineux qui monte et passe au-dessus de nos têtes.
Débarqué de nos vies, nous sommes émerveillés par ce feutré inattendu, cherchant à capter les variations infimes. Le sol est presque stable. Pas de quoi tout de même laisser les yeux fous s’inventer des histoires comme on peut le faire dans le silence d’un bateau à voile, d’autant que le moteur retient l’âme à la réalité.
Je voulais vous planter ce décor à contrepied, tel que je l’ai vécu. C’est dans cette brume au milieu du monde que mon ami Patrice me parle de violence et de sa rencontre avec SOS femmes.
Interrompu par la fin de notre voyage, nous n’aurons pas le temps de développer la conversation et c’est le principe de l’émission, de vous donner des échantillons du monde comme un cabinet de curiosités. C’est le boudoir de Lola.

Vous connaissez ce titre d’Eddie Vedder, chanteur du groupe Pearl Jam Il est extrait du film de Sean Penn « Into The wild » ou la musique est acteur majeur. Vous aurez sans doute été révolté par ce jeune homme arrogant et jusqu’au-boutiste qui fait un retour solitaire à la nature. De l’histoire de Chris McCandless, on ne sait pas trop quoi faire. Il a tenté un peu présomptueusement et il a perdu.
Ce qu’on sait moins, c’est l’histoire d’une famille, d’une certaine Amérique blanche à la façade proprette. Sa sœur Carine l’a raconté dans un livre.
Sa mère lui avoue « Quand je me suis retrouvée enceinte de Chris, j’étais piégée ! » Chris, l’enfant non désiré, se sentira toujours responsable de la situation bloquée. Cette phrase est violente, et le piège tyrannique. La mère est battue, les enfants persécutés. Pourtant chacun file droit et brillamment jusqu’au jour ou Chris prend la fuite. Carine, après la mort de son frère, reproduira le schéma de martyre avec un conjoint junky et violent.

Quelle violence quand à la question « mais pourquoi tu ne pars pas ? »
on s’entend répondre : « Partir, mais pour aller où ? »
Quelle impuissance, quelle fatalité, et quel avenir si on reste ?
Imaginez le courage et l’historique quand, après avoir répondu ça, la personne part tout de même. Fugue, fuite, exil, puissions nous garder l’oreille ouverte pour accueillir ces drames de toutes échelles, que nous convoyons.
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Musique :
Les DeluxesTobacco Vanilla
LabellePlaying At The End Of The Universe
Jeanne AddedWar
Eddie VedderGuaranteed, extrait du film de Sean Penn «  Into the wild » (2007)
Tsirihaka Harrivel & Vimala Pons – Tu t’accroches à Quoi, un projet scénique produit par Teenage Menaupose, et là il faut rendre hommage à ce label et les autres indépendants pour leur accompagnement auprès des artistes.
Sabine HappartSeule de nouveau, reprise de Jean-Luc Le Ténia, un compositeur prolixe ignoré des circuits et adulé par Didier Wampas mais qui se suicidera jeune dans l’indifférence. A chercher sur Internet.
Salad BoysChoking Sick.

Poème : Violette mauve, T.Legoupil

Idées de Lecture :Into the Wild, l’histoire de mon frère de Carine McCandless
Idée de film : Into the Wild, de Sean Penn 2007

 

Bleue violette mauve, TL

bleue violette mauve,
cachée sous un col
roulé comme moi en boule
dans le coin du sofa
pas de ça
pas de sa faute
Il a vécu la cogne avant,
dans le ven-
tre latté de sa maman
adorée, son cadeau de naissance
c’est comme ça qu’il est, puissant
il donne pour crier qu’il m’aime
des coups de latte
dans le

sommier.

Il fait un sourire un
peu comme une fossette.
Vrai, il ne le donne pas
je lui vole en cachette un
peu c’est son sourire
pour moi
jaune violette bleue
Il ne le dit pas
peut-être
c’est son sourire encore
Je sais un jour, il n’aura plus besoin de
taper à la place de sourire. Jaune,
bleue, violette, ça passe quand même
Comment je peux l’aider ?
Et peut-être qu’un jour
Il ne tapera pas
ou il ne m’aimera plus
On ne
je ne serai
Plus
Peut-être

Ensemble ?
C’est bien déjà qu’il m’aime
bleue violette mauve
Sauve
Moi

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